vendredi 26 mai 2017

Le domaine canin est-il un panier de crabes??


Comme dans tous les domaines, l'univers de la cynologie connait depuis toujours des "Pro-truc" et des "Anti-machin"


Les sujets de discorde sont nombreux chez les vétérinaires ( Comportementalistes, Zoopsychiatres, ...) les éducateurs, les éleveurs, les éthologues etc ...


Voici en vrac une liste des questions épineuses qui quotidiennement donnent lieu à conflits qui prennent des proportions que je trouve absolument hallucinantes avec "l'aide" des réseaux sociaux ... même si certains intervenants en congrès et en formations se font également violemment prendre à partie. (liste non exhaustive!!)





Est-il pertinent de parler de dominance quand on évoque le comportement du chien?
La hiérarchie de dominance / subordination n'a pas été prouvé chez le chien (en intraspécifique). Et l'évoquer dans un cadre interspécifique Humain / Chien est un non-sens dans la définition.

Faut-il privilégier les méthodes éducatives favorisant la motivation du chien à apprendre plutôt que les méthodes où le chien obéit pour éviter une sanction?
OUI, bien évidemment, tout le monde s'accorde sur ce point ... encore faut-il que les paroles soient suivies d'actes! C'est a dire interdire les outils coercitifs de types colliers étrangleurs, électriques etc ... de même que l'intimidation ou la punition verbale.

Hors du contexte des séances d'éducation, est-il possible de vivre au quotidien avec un chien sans le punir?
NON! C'est tout simplement impossible de ne pas interdire!

Faut-il vivre avec son chien selon les règles établis pas le Dr Google?
Manger avant son chien, ne pas le laisser monter sur le lit ou le canapé, ne pas partager un repas, ne pas tolérer un grognement, lui apprendre sa place dans la meute en le prenant pas la peau du cou .... Tout cela, c'est Bullshit!!! VOUS CHOISISSEZ les règles de vie et vous les apprenez a votre animal de manière CLAIRE et COHÉRENTE.

Peut-on éduquer un chien sans le conditionner?
NON? c'est impossible par définition!

Certaines races de chiens sont-elle plus difficiles?
OUI! Les races canines sont le fruit de plusieurs milliers d'années de sélection ! Un Jack Russel est un TERRIER, sélectionné comme tel pour une fonction, si l'on choisit ce chien pour être un animal de compagnie, ses BESOINS ne seront pas les mêmes qu'un Bichon!

Certains races sont-elles inadaptées à la majorités des futurs maîtres?
OUI! Et je suis personnellement persuadé que 90% des ventes des chiots Border Collie, Bergers Australiens, chiens de garde molossoides monstrueux mettent leurs maîtres en échec et le chien en potentiel situation de mal-être.

Un vétérinaire peut-il avoir une opinion sur le comportement canin alors qu'il n'est pas sur le terrain?
OUI! #jeprechepourmaparoisse ! Un véto examine, tripote, bref ... emmerde 20 chiens par jour plus ou moins conciliants ... C'est ça aussi le terrain! Donc OUI, un veto sait lire un chien! Mais comme dans tout corps de métier, il y a des bons et des mauvais ...

Venez vous de lire une réponse absolu et définitive à ces quelques questions?
En aucun cas! D'ailleurs j'humilie régulièrement mon Grand-Con-De-Chien :



Je n'ai pas de réponse absolue à ces questions qui nous sont posées quotidiennement. J'ai un avis que je partage avec vous, construit à partir des données scientifiques, de mes expériences personnelles, des échanges que j'ai pu avoir ou en vivant avec des éducateurs, des vétos, des étho, des philo, des éleveurs, des responsables de refuge, ....

Bref, je me suis toujours enrichi de tous ces échanges. Ils modifient chaque jour ma vision du chien. 

Pourtant l'objet de ce texte n'est pas de vous donner mon avis qui n'a en soit aucune valeur. L'objet, ici, c'est de vous dire que je supporte de moins en moins les professionnels qui se jugent et qui s'agressent.


NE PAS JUGER, ÉCHANGER, RESPECTER, ECOUTER


Sans cela, on tombe vite dans les certitudes et l'auto-satisfaction. Et finalement on s'enferme, on ne progresse pas, et on passe son temps à dire NON, plutôt que d'écouter.

Une des phrase qui m'a récemment interloqué fut celle-ci: "Je ne vais plus aux congrès car je connais déjà depuis 20 ans ce qu'ils disent, et le reste du programme ne m’intéresse pas"

Alors ... on va faire mieux comme programme, on va favoriser les échanges, on va inciter les pro a venir se torturer le cerveau! Et si à la fin du week end on n'est pas d'accord ça n'a aucune importance, on se sera mutuellement enrichi si les échanges sont constructifs!


Je vous invite donc à consulter le programme de Pet Revolution - L'animal en marche
https://www.pet-revolution.com/
Car ce séminaire porte toutes les valeurs que je viens de partager avec vous


Est-ce que cet article est une publicité déguisée?
OUI, assurément!!

NB: Je suis allergique au crabe!!! :(


Dr BOUVRESSE - Vétérinaire


mardi 1 novembre 2016

Je gave mes patients de friandises ... et je l'assume !


Je gave mes patients de friandises ... 

et je l'assume !





Pour pouvoir facilement manipuler, examiner et soigner nos toutous, il faut associer une valence positive à toutes ces actions. Le renforcement, dès le plus jeune age, des bonnes attitudes lors de ces situations de contraintes permet par la suite de travailler sur des animaux qui ne sont pas en situation de stress ou de peur lors de manipulations. 

Ils sont motivés à recevoir et acceptent ces contraintes.
On parle de medical training ou de "soins coopératifs"




OUI, on lit clairement des "signaux d'apaisement" dans la séquence précédente. Ils ne sont pas synonymes de mal-être. Ils appartiennent à l'ensemble des signaux de communication que le chien nous envoie et qui nous permettent d'adapter à chaque instant nos pratiques au ressenti du chien.

Il faut que la balance globale soit "positive": gagner 100 points pour pouvoir risquer d'en perdre 1 lors d'une manipulation / contention / contrainte. 
Vous pourrez voir dans les dernières secondes que cette jolie Cane Corso, après l'examen reste MOTIVEE à interagir et suis du regard la suite des événements pour continuer à être récompensée.

Caresses, friandises, joujoux, ... tout est bon pour établir ces associations positives.

Donc, oui, je gave mes patients de friandises, je le vis bien, et je m'assure à chaque instant que eux aussi, le vivent bien!


ISHKA - Cane Corso
Dr Antoine BOUVRESSE - Vétérinaire


samedi 19 mars 2016

Le difficile apprentissage de la communication intraspécifique

Développement comportemental et période de socialisation


La période de socialisation du chiot est une période clé de son développement comportemental durant laquelle il fera l'apprentissage de la communication avec ses congénères. Apprendre a reconnaître les postures, les mimiques, les regards, les grognements et y répondre de manière appropriée.




 Seule la multiplication des expériences avec des chiens ayant de bonnes capacités sociales permet au chien d'acquérir ces codes sociaux.

Il faut donc veiller à acquérir un chiot qui est resté longtemps avec sa fratrie et ayant une mère équilibrée. La mise en contact précoce (mais contrôlée) est à recommander systématiquement! (Et a entretenir).




Ukka, Link et A. BOUVRESSE

samedi 12 mars 2016

Le clicker training en GoPro

Rien de tel pour voir ses nombreuses erreurs que de se filmer!!





J'admire la patience de mes chiens devant un tel manque de synchronisation!

J'aurais bien aimé que les mouvements des yeux se voient mieux mais je ne sais pas si ça vient d'un problème d'éclairage ou un angle de camera trop grand.. :/

Ici, c'est une première séance de travail du "Look" pour apprendre à un toutou à se focaliser sur vous (vos yeux). Il ne reste qu'à travailler la durée, puis la distraction.*

Un bon exercice de concentration et une bonne base pour les future séances d'éducation.



Imhotep "le chien qui sait rien faire"
Dr Antoine BOUVRESSE


mercredi 10 février 2016

Animal Friendly en structure vétérinaire


Créer un environnement favorable pour les acteurs de la structure vétérinaire


Voici le studio de garde de la clinique véto du Dr BEDOSSA.




Un environnement riche et favorable pour chats / chien et humains!

Idéal pour favoriser les cohabitations intra / inter espèces: c'est un lieu de passage, de travail et un lieu de vie.

Ces aménagements sont ceux à proposer dans le cadre des difficultés de cohabitation ou de troubles anxieux chez le chat (malpropreté non médicale, prédation, destruction, alopécie extensive d'origine comportementale,  etc...)

 Parfait pour s'imprégner de bonnes odeurs de chats détendus:

Venez prendre votre dose de ronrons!!


Dr A. BOUVRESSE





vendredi 4 décembre 2015

Que reste-t-il de Canis lupus dans Canis familiaris ?


Que reste-t-il de Canis lupus dans Canis familiaris ? 

Remarques sur un débat sans fin


Résumé de l’intervention d’ Adam Miklosi au congrès de la SEEVAD 2015


Le chien et le loup sont-ils deux espèces différentes ?
 Il existe d’ailleurs deux manière de nommer le chien de compagnie : Canis familiaris et Canis lupus familiaris. La même année le journal « animal cognition »  a fait référence aux chiens selon ces deux appellations. La terminologie Canis lupus familiaris était déjà d’employés il y a 20 ans par les zoologistes. Le choix de la dénomination peut évidemment évoluer en fonction des connaissances acquises.

Qu’est-ce qu’une espèce animale ? 
Pour le grand public une espèce représente un groupe d’individus qui peuvent se reproduire entre eux (interbreeding). Dans cette définition le chien et le loup appartiendraient alors à la même espèce !  D’un point de vue écologique la notion d’espèce est indissociable de la notion de niches écologiques. C’est ce qui fait que dans cette approche le chien et le loup sont deux espèces distinctes car sans l’intervention de l’homme, dans la nature, chien et loup ne se reproduirait que très rarement.

La domestication est le processus de spéciation qui a fait apparaître le chien à partir d’un ancêtre canidés sauvages. De très nombreuses études sont publiées depuis une quinzaine d’années pour prouver l’origine géographique, la date, et l’ancêtre de Canis familiaris. Si une datation entre 16 000 et 32 000 ans semble faire consensus, en revanche les études s’opposent sur les origines géographiques et biologiques de la domestication. Pour Adam Miklosi, ces questions ont finalement peu d’importance.


Les deux questions majeures concernant la domestication sont : quel type de comportement ont été la cible de la sélection amenant à la domestication ? Et quelle a été la séquence des événements de cette sélection ? Une des hypothèses de sélection dans la durée pourrait être la séquence suivante :




Les gènes de l’homme et du chimpanzé ne diffèrent que de 1 à 2 %. Le chien et le loup ne se différencient que par 0,3 % de leur matériel génétique. Mais le matériel génétique, les gènes et leurs produits(les protéines) constituent un réseau complexe de mécanismes de régulation. Ainsi de petites mutations dans certains gènes peuvent avoir des effets importants. Des mutations sur les récepteurs à la dopamine (DRD4 ) peuvent en modifier le fonctionnement et modifier l’impulsivité et la concentration de certains individus. 


Sur ce graphique l’axe horizontal représente l’âge des individus testés, l’axe vertical représente les capacités sociales. En bas et à droit, vous pouvez voir … Adam Miklosi !




Les courbes vertes sont celles des loups, les courbes noires sont celles des chiens. Les courbes pleines représentent les animaux,  chiens et loups,  ayant eu un plan de développement de sociabilité intense. Les courbes en pointillé représentent des conditions de développement social standards ou nulles.

On constate que le point de départ des courbes des chiens et des loups n’est pas le même : c’est ce que Adam Miklosi appelle l’avantage sélectif : à la naissance les chiens ont des attitudes sociales plus importante que les loups. Pourtant on voit que dans un environnement de socialisation intense les courbes des capacités sociales du chien et du loup tendent à se rejoindre. A l’inverse on voit qu’un chiot qui n’est pas du tout stimulé socialement aura les mêmes capacités sociales qu’un loup qui se développent dans des conditions standards.
L’avantage sélectif, à support génétique, ne représentent donc qu’un potentiel qui ne pourra s’exprimer que dans un environnement favorable.


Si l’on compare les aptitudes du chien et du loup lors d’un test de pointé (trouver le réceptacle qui contient de la nourriture indiqué par un mouvement du bras de l’opérateur), le chiot de quatre mois est beaucoup plus performant que le loup du même âge. Mais les différences de performance entre les chiots et les louveteaux s’estompent avec l’âge si les loups sont élevés avec des humains. Il y a donc un changement dans les capacités cognitives : ils apprennent à performer et à collaborer dans cette tâche. Pour le chien cette collaboration est beaucoup plus facile et naturelle, les chiens sont génétiquement préparé à interagir avec l’homme. Les loups quant à eux doivent expérimenter ,apprendre, répéter.


Si l’on teste l’attention visuelle en comptant le nombre de regards spontanés vers l’humain, on constate que:
-à l’âge de trois semaines ni les chiots ni les louveteaux ne regardent l’humain
-à l’âge de quatre semaines le chiot commence à regarder vers l’humain alors que le louveteau ne le regarde pas. Mais il n’y a pas de différence statistiquement significative.
-à l’âge de cinq semaines le chiot regarde énormément l’humain spontanément, le louveteau le regarde un peu. La différence est alors statistiquement significative (p< 0.05)


Dans une autre expérience sur des chiots et des louveteaux de cinq à neuf semaines si l’on renforce les regards vers l’humain on constate que :
- pour le chiot de cinq semaines ou de neuf semaines le nombre de regards augmente entre la 1ere et la 4ème minute d’interaction (3 regards lors de la première minute, 9 regards lors de la quatrième minute)
- pour le louveteau de neuf semaines le nombre de regards restent constants : 2 à 3 regards lors de la 1ère comme lors de la 4ème minute d’interaction malgré les renforcements.


Pour Adam Miklosi : « pour comprendre le comportement des chiens nous avons besoin d’une bonne compréhension à la fois de la génétique et des effets possibles de l’environnement. La communauté scientifique doit travailler avec plus d’insistance à étudier le développement du chien si elle veut comprendre les mécanismes biologiques du comportement canin »


Dr Antoine BOUVRESSE
Vétérinaire comportementaliste DENVF



samedi 17 octobre 2015

Test d'un Akita Inu réactif envers ses congénères



Evaluer les capacités sociales d'un chien 

Venu pour agressivité en laisse envers ses congénères






Ce jeune mâle de 16 mois est réactif envers ses congénères (surtout les mâles) quand il est en laisse.
Il est donc mis en présence de ma chienne, qui m'aide a évaluer les capacités sociales des chiens. Pour cela, il faut:





1) un environnement sécurisé mais pas confiné

2) pas de chien tenu en laisse qui est un déclencheur d'agressions

3) des longes pour intervenir en cas de pépin

4) éventuellement des muselières selon les cas

5) Une chienne stable et qui communique bien

6) des maîtres qui vous font confiance et n'interviennent pas.



(Vidéo un peu longue mais je n'ai pas voulu la couper. Pour les impatients: RDV à 1'05)


Au final, cet Akita est plutôt joueur et demandeur, même s'il est un peu rustre dans sa communication... mais bon.. c'est un ado!! 


Il faut aussi avouer que les présentations sont faites avec une femelle... Mais ici on cherche à savoir si il sait (encore?) communiquer avec ses congénères. Le reste du travail se fera lors de séances dédiées.



 La castration est discutée: l' agression intraspécifique entre mâles est une bonne indication, surtout si les troubles évoluent depuis peu de temps.


Vos avis, et critiques constructives sont les bienvenues  :D



Décibel,
Chien de véto

Antoine. BOUVRESSE,
Véto